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A première vue, son organisation était identique à celle des Ordres Militaires de l’époque car ils vivaient selon une règle officielle monastique rédigée par Bernard de Clairvaux. L'organisation, le fonctionnement et la structure hiérarchique de l'Ordre sont relatés en détail dans la Règle initiale et dans les retraits, articles ajoutés au fur et à mesure de l'existence de l'Ordre, dont beaucoup sont l'oeuvre de Bertrand de Blanchefort. L’Ordre des Templiers était dirigée par le Grand Maître qui avait son siège en Orient en présence de ses principaux officiers, responsables de tout ce qui était administratif. L’Europe, à cette époque, était divisée en provinces sous la tutelle d’un commandeur provincial. Il dirigeait les officiers ayant des rangs inférieurs supervisant les communautés individuelles. Un système de chapitres a été mis en place pour permettre d’assurer un contact entre les Templiers d’Europe et d’Orient. L’Ordre comprenait 3 catégories de personnes : ceux qui combattent (chevaliers et sergents) ; ceux qui prient (chapelains) et ceux qui travaillent (frères de métier). Tout d’abord, les chevaliers constituaient la cavalerie lourde des Templiers. Quant aux sergents, ils étaient divisés en 2 groupes : les roturiers et parfois des nobles qui prenaient les armes aux côtés des chevaliers ; les frères de métier qui géraient le bon fonctionnement des maisons templières, veillaient aux divers besoins ainsi que les activités agricoles. D’autre part, les chapelains étaient, à l’époque, les seuls membres de l’Ordre qui étaient interdits de combattre. Ils étaient à l’origine d’une certaine tension de la part des chevaliers car ils ne se battaient pas et n’entretenait pas les différents domaines.

 

ETRE ADMIS AU SEIN DE L’ORDRE :

Avant même de traiter de la hiérarchie de l’Ordre, il est important de préciser comment se faisait le recrutement. La règle initiale imposait une période d’entraînement. Cependant, au vue des pertes subies en Orient, l’admission de nouveaux membres était beaucoup plus rapide et la règle abandonnée. Seul dans une chapelle durant la nuit, l’aspirant devait attendre la cérémonie d’initiation prévue à l’aube. Sa vie, dans l’Ordre, serait dure. Aucune contestation contre les ordres donnés ne devait émaner de lui. Certaines tâches pourraient être dégradantes pour lui. Autant de choses dont l’aspirant était averti avant son entrée dans le Temple. De plus, le novice devait s’assurer d’être un homme libre et célibataire ainsi que de n’être lié à aucun ordre militaire ou religieux. Il devait s’assurer de n’avoir aucune dette. Le prétendant jurait, devant Dieu et la Vierge Marie, de laisser tout ce qu’il possède aux Templiers, de vivre chastement, d’obéir au Grand Maître et à la Règle, de travailler pour aider ses frères à la reconquête de la Terre Sainte.

 

LE GRAND MAITRE DE L’ORDRE DU TEMPLE :

Situé à la tête de l’Ordre, le grand maître était élu à vie. Durant les 180 ans de leur existence, seuls deux exceptions (Evrard de Barres et Philippe de Milly) ont rompu cette règle : le premier pour se retirer dans un monastère cistercien et le second pour un retour à une vie laïque. A sa mort, le Grand Commandeur, le principal officier administratif, consulte alors le maréchal de l’Ordre et les commandeurs de Jérusalem, de Tripoli et d’Antioche afin de déterminer une date d’élection. Treize électeurs originaires de diverses nations et pays, huit chevaliers, quatre sergents et un chapelain étaient choisis par le biais d’un processus complexe afin de placer la décision entre les mains de Dieu. Le nombre treize a été choisi comme symbole de Jésus et douze représentant ces disciples. De plus, un templier ayant servi en Orient aura un avantage sur celui en Europe. Cette élection était vraiment prise au sérieuse par l’Ordre du Temple. Une fois élue, il prenait place au siège des Templiers à Jérusalem puis à Acre et enfin, à Chypre à la perte de la Terre Sainte. Il siégeait en Orient dans le respect de la première vocation des Templiers : « la défense des pèlerins et du Saint-Sépulcre ». Les candidats, au titre de Grand Maître, étaient bien évidemment choisis soigneusement à l’intérieur du cercle intérieur formé exclusivement de membres des familles du Rex Deus. Même s’il dirige l’Ordre, le maître n’a pas pour autant des pouvoirs illimités et pour toutes décisions importantes, il devait demander conseil aux frères réunis en chapitre (influence cistercienne). Tout se fait avec l’accord du chapitre. Il se devait de faire appliquer la Règle. Il était toujours accompagné de deux chevaliers de rang élevé afin de le conseiller… et de le surveiller ! Son rang lui permettait d’avoir à disposition une véritable « maison » : un frère chapelain, un clerc, un écrivain sarasinois comme interprète, un sergent, un turcople, un maréchal-ferrant, un cuisinier, deux palefreniers chargés de son destrier turcoman (cheval d’élite pour la guerre). Lors d’une bataille, il y a sa disposition une grande tente ronde ressemblant à la chapelle du Saint-Sépulcre. Il est accompagné, lors de tous ces déplacements, par un frère portant le « gaufanon beaucéant », l’étendard de l’Ordre. En cas d’opérations militaires, le Grand Maître va décider seul de l’engagement. Ce droit sera à la base de nombreuses contestations et de conséquences néfastes. Il signe des missives et des décisions par son sceau. La « bulle » est reconnaissable par la présence sur une face de deux chevaliers sur la même monture (ceci leur sera reproché lors du procès et ils seront accusé d’homosexualité) et sur l’autre, le dôme du Rocher. Des représentants du Grand Maître étaient présents dans tous les pays où il y avait des commanderies... [Liste des grands maîtres]

 

LES AUTRES POSTES A RESPONSABILITE :

-> Le sénéchal :

En tant que second de l’Ordre du Temple, il remplira toutes les fonctions du Grand Maître en son absence ou en cas de décès. Il dispose d’une « maison » quasi-identique à celle d’un Grand Maître. Malgré le fait que son rôle se joue dans l'ombre du Maître, ceci confirme son importance au sein de l’Ordre.

 

-> Le maréchal :

C’est le responsable militaire de l’Ordre du Temple qui a en charge les armes et les chevaux. Lors des campagnes militaires, il a sous ses ordres tous les frères sergents et autres hommes d’armes. Il prend également la tête de la cavalerie lourde des Templiers lors d’une charge. Son rôle militaire est primordial.

 

-> Le commandeur de la Terre et Royaume de Jérusalem :

Quatrième personnage en ordre d'importance dans l'Ordre, c’est le grand trésorier de l’Ordre du Temple, c’est le « ministre des finances » de part la gestion des flux financiers et les avoirs de l’Ordre sur les 2 principaux pôles, en Orient et en Occident. Il est également le chef de la première province : la Terre Sainte. Il est le commandant de la flotte templière dont le trafic passe en quasi-totalité par le port de Saint-Jean-d’Acre. C'est lui qui gère tout l'argent des commanderies d'Europe et qui s'occupe des fournitures. Il a également le rôle de répartir les frères de l’Ordre dans les différentes commanderies et forteresses en leur possession. Tout cela se fait en fonction des disponibilités et/ou nécessités de l’instant. Il est accompagné du drapier en charge des habits des Templiers et du matériel de campagne (tentes et lits).

 

-> Le commandeur de la Cité de Jérusalem :

Il a la charge d’assurer la défense et la protection des pèlerins de la Palestine. De ce fait, il a en sa possession dix chevaliers en permanence.

 

-> Les Commandeurs des Terres de Tripoli et d'Antioche :

Ce sont les représentants du maître dans ces provinces. Ils possèdent les mêmes droits et prérogatives que ce dernier, lorsque celui-ci n'est pas présent physiquement dans leur province. Tout comme le maître, ils sont secondés par des chevaliers, comme le maréchal de la Terre d'Antioche par exemple...

 

-> Les Commandeurs des autres Provinces :

Ils ont le même statut que les frères précédents, exception faite que leurs provinces ne sont pas des terres en "Guerre", ils n'ont donc pas de maréchaux pour les seconder.

 

-> Le Frère Drapier :

Il est le responsable d'une partie de la logistique de tous les frères de l'Ordre. C'est à lui qu'incombe le devoir de fournir vêtements, pièces de literie, chaussures,... à tous les frères de l'Ordre. C'est aussi lui qui prend les habits séculiers d'un nouveau frère et qui prépare la robe et le manteau pour la cérémonie de prise d'habit.

 

-> Les Frères Chevaliers Commandeurs des Maisons :

Ils étaient simplement responsables de leur maison, c'est-à-dire, commanderie, forteresse, casal,.... Ils devaient rendre compte en tout au Commandeur de la Terre ou de la Province.

 

-> Le Commandeur des Chevaliers :

Il y a plusieurs commandeurs des chevaliers. Ils sont en fait des lieutenants du Maréchal du Couvent. L'un d'entre eux, placé sous le commandement direct du Commandeur de la Cité de Jérusalem, commande aux chevaliers laïcs qui servent à terme dans l'Ordre.

 

-> Le turcoplier :

Chef des turcpoles, ce sont des combattants à la « turque (à cheval avec leur arc) et d’origine locale. Ceci est un avantage dans la connaissance améliorée des lieux et des peuples. Il bénéficie de quatre chevaux. Lors de batailles, seul le Grand Maître ou le Sénéchal peuvent lui adresser des ordres. des habitants de Terre Sainte qui s'engageaient dans l'Ordre et qui servaient le plus souvent comme cavalerie légère et d'éclaireurs. Le Turcoplier commandait également les frères sergents lorsqu'on était en campagne.

 

-> Le Sous-Maréchal :

Comme son nom l'indique, il est sous le commandement du maréchal du Couvent. C'est lui qui garde le Gonfanon plié jusqu'au début de la bataille. A ce moment, c'est le Maréchal qui s'en empare et qui le brandit. En dehors des campagnes, il commande aux Frères de Métier. C'est aussi lui qui doit fournir en menu matériel les frères de l'Ordre.

 

-> Le Gonfanonier :

Il commande aux écuyers. En campagne, il garde un gonfanon de réserve roulé autour de sa lance.

 

-> Le Commandeur de la Voûte d'Acre :

C'est un trésorier particulier. C'est lui qui administre tous les biens de l'Ordre qui sont débarqués des bateaux à leur arrivée dans le port d'Acre.

  

CEUX QUI COMBATTENT :

Célibataire, libre et aucun lien avec un ordre militaire et/ou religieux, voici trois conditions que devaient remplir un chevalier pour postuler à une entrée dans l’Ordre du Temple. C’était un guerrier professionnel entraîné à combattre de 2 manières : à cheval avec une lance ou une épée ; à pied avec un arc ou une hache. Le renouveau technologique du XIIème siècle rendit l’ascension à ce rang plus difficile. De longues heures d’entraînement étaient désormais nécessaires. La qualité des cottes de mailles et des épées s’était améliorée. Par conséquent, le rang de chevalier avait désormais un coût élevé et donc restreignait son accès à ceux disposant de temps et d’argent. C’est cette richesse qui différenciait un chevalier d’un sergent car les deux étaient en mesure de combattre. Cependant, les sergents étaient moins bien équipés et n’étaient pas en première ligne. Il coûtait plus pour équiper un chevalier qu’un sergent. On peut donc s’interroger sur ce point car à la base, les Templiers avaient fait vœu de chasteté. On vit se développer, au cours des années, une culture chevaleresque en réaction aux critiques venant de l’Eglise. En effet, on accusait les Templiers d’être de simples bouchers stupides et assoiffés de sang ainsi que des marchands ayant un manque de sens pratique et de sens des affaires. Malgré ces accusations, on peut simplement noter que beaucoup de Templiers occupaient de nombreuses positions de pouvoir ; ceci vient contredire les précédentes accusations faites à leur encontre. Les chevaliers-templiers étaient souvent tenus pour être hautains et fiers mais ce n’était que la manifestation du sentiment de respect de soi. Les chevaliers du Temple avaient une certaine supériorité, selon eux, sur les marchands car ils gagnaient leur vie à la seule utilisation de mensonge et de tromperie envers les Hommes. Au fur et à mesure, ce titre de chevalier a fini par devenir un signe de noblesse. Durant le XIIIème siècle, pour devenir Templier, l’homme, qui se présentait, devait déjà être un chevalier, être le fils d’un chevalier ou le fils de la sœur d’un chevalier ainsi que né dans les liens du mariage.

 

« Et si il est frère chevalier, ne lui demandez rien de cela ; mais on peut lui demander s’il est fils de chevalier et de dame, et que ses parents soient de lignage de chevalier et de dame ; et s’il est [né] de loyal mariage. Après on doit lui demander, qu’il soit frère chevalier ou frère sergent, si il n’est ni prêtre, ni diacre, ni sous-diacre […]. Et s’il est frère sergent, on doit lui demander s’il n’est pas chevalier »

 

Il fallait être adoubé chevalier avant de solliciter une entrée au sein de l’Ordre. Par exemple, on a Gérard de Causse qui a été fait chevalier le jour même. Le « marechal dou couvent del Temple » est à leur tête. Rappelons néanmoins que la vocation première des Templiers étaient de prendre les armes contre les infidèles et seuls les chevaliers et les sergents d’arme étaient en mesure de le faire. Pour preuve, les chevaliers et les sergents étaient très nombreux en Orient et beaucoup moins à l’arrière.

 

CEUX QUI PRIENT :

Les chapelains, formant ce groupe, sont ordonnés prêtres et par conséquent, sont les seuls membres de l’Ordre à ne pas combattre. C’est par le biais de la bulle Omne datum optimum du pape Innoncent III que les Templiers pouvaient choisir ces prêtres. Ils n’avaient plus de raisons de choisir des prêtres extérieurs. Les chapelains avaient pour rôle d’assurer un service divin et de diriger les âmes. Ils pouvaient facilement être reconnu de part leur tonsure et le manteau de couleur de bure. En théorie, il devait y en avoir un par commanderie mais c’était loin d’être le cas. Par exemple, en Aragon, on a pu constater qu’il y en avait un pour plusieurs commanderies.

 

CEUX QUI TRAVAILLENT :

Constitué également de sergents (d’offices et non d’armes) ou « frères de métier », ils étaient une main d’œuvre importante dans la gestion des maisons et domaines templiers. De nombreux prêtres étaient porchers, bouviers ou autres au vue des interrogatoires effectués de 1307 à 1311. Au contraire des chevaliers, ils étaient peu nombreux en Orient. Ils effectuaient les tâches agricoles (céréales, chevaux…) loin des scènes de combat puis toutes les marchandises étaient acheminées dans les commanderies.

 

DES FEMMES ET DES ENFANTS !

Sa mission principale étant le combat, il paraît logique que les femmes et les enfants ne soient pas admis au sein de cet Ordre.

 

« Ja soit ce que la règle des saints pères sueffre [accepte] a recevoir enfants en religion, nos ne vos conseillons a charger [nous ne vous conseillons pas de vous en charger]. Car celui qui son enfant vodra doner perpetuelment a religion de chevalerie, il le doit le norir jusque a cele heure [au moment] qu’il puisse armes porter vigorouzement, et arracher de terre les hennemis de Jhesu Crist »

 

Une chose est sure. Le Temple ne voulait pas nourrir des bouches inutiles. Cependant, on connaît des cas comme celui de Bernard de Faudele ou encore cinq autres dons d’enfants en Rouergue. Ils ont accueilli des enfants, des chevaliers, des nobles venus uniquement dans le but de parfaire leur expérience militaire. Certains on pu faire les vœux afin de devenir frères du Temple. De plus, certains ont pu prononcer ces vœux avant même d’avoir atteint la majorité. Selon les interrogatoires réalisés pendant le procès, la moyenne d’âge de l’entrée d’un chevalier est inférieure à celle d’un sergent : 20 ans pour les chevaliers (procès à Lérida) ; 17, 15 et même 11 ans (celui de Paris).

 

Le cas des femmes est abordé dans la règle sous deux particularités : la fréquentation des femmes et leur admission. Il était recommandé d’éviter toute fréquentation entre un templier et une femme ainsi d’en embrasser une même si elle est de sa propre famille. C’est pourquoi, selon les principes de l’Ordre, toute admission de femme, même comme sœur, est proscrite :

 

« Perillouze choze est la compaignie de feme, car le diable ancien, par compaignie de feme a degeté [détourné] plusors dou droit sentier de paradis. Dames por sorors [sœurs] de ci en avant [désormais] ne soient receües en la maison dou Temple ».

 

Selon l’influence des cisterciens et des clercs en général (majoritaire au concile de Troyes), seules les femmes (les consoeurs) mariés à un confrère seront admises à la seule condition de l’abandon de leurs biens jusqu’à la fin de leur vie ainsi que de vivre en dehors de la maison du Temple. Cette seconde condition n’était pas toujours respectée à en croire certaines archives. De même, on a pu retrouver des exemples dans lesquels des femmes ont été admises comme sœurs dans l’Ordre. Il semblerait qu’il ait existé une « structure double » comme dans l’Ordre de Fontevraud : deux établissements, un masculin, un féminin. Le cas le plus significatif vient de la Catalogne. Deux noms peuvent confirmer la présence de femmes dans l’Ordre : Ermengade de Oluja (1196) et Titboga (1197). Elles firent don de leur castrum au Temple. Plus tard, on vit le couvent féminin de San Giacemo in Campo Corbolini à Florence en 1293. Le dernier cas est le plus significatif : celui des moniales du couvent cistercien de Mühlen qui passa au Temple et refusa de se soumettre à la règle des Hospitaliers en 1324 (soit douze années après la chute de l’Ordre). Il conserva la règle initiale de l’Ordre du Temple. Cet argument amène Simonetta Cerrini (Une expérience neuve) à dire que « les derniers templiers furent en réalité des templières ».

 

 

 

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