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Le pape Urbain II, l'initiateur du mouvement de croisades

 

Conformément aux vœux exprimés par le pape Victor III avant sa mort, les cardinaux élurent à sa succession, le 12 mars 1088, Etudes de Châtillon (ou de Largery), un membre d’une famille de la noblesse champenoise qui devint pape sous le nom d’Urbain II. Il avait auparavant fait des études à Reims, puis avait été moine à Cluny – il avait alors étudié la réforme de Cluny, prieur de Cluny pendant des années et cardinal-évêque et légat du pape Grégoire VII. Urbain II avait le même point de vue que Grégoire VII sur le pouvoir de l’Eglise vis-à-vis du pouvoir laïque, mais il fit preuve de davantage de diplomatie. Son pontificat commença modestement. L’antipape Clément III, mis en place par l’empereur germain en 1084, résidait encore à Rome, et Urbain II dut s’établir à Terracina, dans le sud de l’Italie, jusqu’à ce que, grâce à un patient travail politique, il réussisse à limiter toujours plus l’influence de son rival et à s’installer lui-même dans la ville éternelle, en 1093. Ses alliés les plus importants en Italie étaient la margravine Mathilde de Toscane (1045-1115), qui le soutenait face à l’empereur germain Henri IV, et les Normands, qui lui permirent d’établir une base dans le sud de l’Italie. Il accorda à Roger Ier de Sicile (1072-1101) le privilège de légation en 1098, le droit de contrôle sur l’église, appelé Monarchia Sicula, qui resta en vigueur jusqu’en 1867. Urbain II entra dans l’histoire du monde avec la mise en place des croisades. Le pape menait des négociations depuis 1089 avec l’empereur Alexis 1er (1081-1118) et le patriarche de Constantinople. Certes, il ne réussit pas à restaurer l’ancienne unité des Eglises grecque et latine, mais le contact pu être maintenu. Les appels au secours répétés de Bysance qui, depuis la bataille perdu de Manzikert (1071), était exposé aux agressions constantes des Seljoukides, firent mûrir dans son esprit l’idée d’une intervention militaire commune en Orient. Les expériences de la Reconquista et l’idée largement répandue à cette époque d’une fin du monde prochaine, qui incitait énormément les populations aux pénitences et aux pèlerinages, créèrent en outre un climat favorable auquel contribuèrent également le mouvement pacifique des clunisiens et l’idée qu’il véhiculait de décharger les énergies agressives de la chevalerie occidentale hors du monde chrétien. En rassemblant tous ces éléments, Urbain II élabora un programme dont il dévoila les contours lors du concile de Plaisance, qui eut lieu en mars 1095, et les finalités lors du synode de Clermont, qui se tint au mois de novembre de la même année. La « gestion » de ces manifestations fut parfaite. Urbain II se révéla un psychologue confirmé qui savait capter les atmosphères, les concentrer puis les détourner vers d’autres cibles. Le résultat fut époustouflant. Cet appel à la croisade ne trouva pas seulement écho chez les chevaliers du nord et du sud de la France, de Normandie et de l’Italie du sud, qui partirent pour la première croisade à l’automne 1096, mais aussi parmi les couches inférieures du peuple qui se mirent en chemin sans préparations préliminaires pour gagner la Terre Sainte. Cette croisade dite du peuple échoua en Asie Mineure au mois d’octobre 1096. Le mouvement des croisades développa une dynamique et une légalité qui lui étaient propres. On ignore aujourd’hui si l’homme qui en avait été l’initiateur les approuvait. On retrouva toutefois des lettres dans lesquelles il exprimait sa réserve face à ce mouvement de masse. Il ne connut pas le grand triomphe, celui de la prise de Jérusalem, qui eut lieu le 15 juillet 1099. Il mourut avant que la nouvelle n’arrive à Rome. Il fut canonisé en 1881.