|
Rencontre
entre le pape Innocent II chassé de Rome et l’empereur Lothar III à
Liège, en 1131. Le clan des Frangipani, qui soutenait Honorius II, avait
installé ce dernier sur le trône de Pierre en Faisant usage de la
violence lorsque vint le moment de régler la question de sa succession,
le chancelier Haimerich recourut à un stratagème macabre afin de
court-circuiter la famille rivale, celle de Pietro Pierleoni. Lors de la
mort d’un pape, il fallait observer une règle qui consistait à ne
procéder à une nouvelle élection qu’une fois le défunt pape enterré.
Haimerich, qui souhaitait pouvoir promouvoir son cardinal-diacre
Gregorio Paparschi, décida de réduire ce laps de temps, sans pour autant
enfreindre la règle. Lui et les cardinaux acquis à sa cause amenèrent le
pape mourant Honorius dans l’abbaye San Gregorio sur le mont Celio, un
bâtiment aux murs épais. Le pape y rendit l’âme pendant la nuit du 13 au
14 février 1130 et fut immédiatement placé dans une tombe, qui avait été
préalablement préparée. A l’abri dans leur forteresse, les cardinaux
s’empressèrent d’élire le pape Gregorio Papareschi sous le nom
d’Innocent II. Au petit matin, ils surgirent dans le Latran. Ayant
emporté le défunt, ils l’enterrèrent dans l’église du Latran une seconde
fois. Lorsque les Pierleoni apprirent la nouvelle, leurs alliés se
rassemblèrent immédiatement dans l’église Saint-Marc et procédèrent à
leur propre élection dans la matinée. Le même jour, le 23 février 1130,
deux papes, celui des Frangipani, Innocent II, et celui de leurs
adversaires les Pierleoni, baptisé Anaclet II, furent consacrés dans
deux lieux différents. Le schisme dura huit ans, Anaclet, qui avait la
majorité des Romains pour lui et qui bénéficiait de soutiens en Italie,
pouvait surtout compter sur un allié puissant : Roger II de Sicile. Il
put ainsi jouir d’abord d’une certaine suprématie. Innocent dut quitter
le Latran dès le jour de son élection, en avril ou en mai 1130. Il se
retira dans le quartier du Trastévère avant d’embarquer pour la France.
Il y reçut le soutient du célèbre docteur de l’Eglise Bernard de
Clairvaux (1090-1153) ; les rois de France et d’Angleterre prirent
position en sa faveur, ainsi que l’épiscopat allemand. En 1133, sa
position était suffisamment consolidée pour qu’il soit en mesure
d’accompagner le roi allemand Lothar III (1125-1137) à Rome et de l’y
sacrer empereur au Latran – l’église Saint-Pierre n’était pas accessible
puisque Anaclet y siégeait encore et ne manifestait aucune volonté d’en
partir. Innocent prit ces quartiers à Pise et ce n’est qu’à la mort de
son rival, en janvier 1138, et suite à la soumission du successeur de
celui-ci, Victor IV, en mai de la même année, qu’il put se rendre
complètement maître de Rome. Le schisme prit définitivement fin lors du
deuxième concile de Latran, en avril 1139. Au mois de juillet suivant,
Innocent II tenta de lever une armée contre Roger II de Sicile, ce qui
se solda par un échec total. Il fut fait prisonnier et ne fut libéré que
contre la promesse de reconnaître le royaume de Roger II. Vers la fin de
son pontificat, des émeutes éclatèrent à Rome. Influencé par des idées
du prédicateur réformateur Arnold de Brescia (vers 1100-1155), un
mouvement communal apparut qui entendait contester au pape son pouvoir
temporel.
|