Pour beaucoup l’ordre du Temple se résume
à une confrérie médiévale mystérieuse dont les exploits en Orient
masquaient des activités occultes qui perdurent encore aujourd’hui,
près de 700 ans après leur suppression définitive. Car leur procès
retentissant, qui marqua durablement les esprits (l’arrestation du
vendredi 13 et les sept ans de malheur), engendra un cortège de
légendes toutes plus extraordinaires les unes que les autres : un
trésor colossal toujours enfoui quelque part, une malédiction qui
aurait accouché des pires heures de la fin du Moyen Age et
l’extinction de la descendance de Philippe le Bel leur bourreau, et le Baphomet, cette étrange idole qui incarnerait leur hérésie tout en
étant une métaphore de leur collusion avec les infidèles.
Ainsi, ces héros des croisades étaient pour
certains les gardiens de la Tradition, détenteurs de secrets essentiels et
pour d’autres, des renégats qui auraient trahi leur mission primordiale,
s’attirant ainsi les foudres du Ciel. Innocents ou coupables ? Telle sera
question qui agitera biens des érudits et des fantaisistes de l’ère
romantique au milieu du XXe siècle.
Pourtant, débarrassée de tout ésotérisme,
l’histoire de l’ordre du Temple n’en demeure pas moins passionnante.
Les Templiers rayonnèrent, depuis le Levant,
sur tout l’Occident alors unifié par ses pratiques religieuses – lesquelles
ont connu des excès – et une langue écrite commune : le latin. Loin d’être
les fanatiques dénoncés par le cinéma américain, ils nouèrent des liens
pragmatiques mais bienveillants avec les orientaux que les occidentaux
jugèrent suspect mais qui leur valurent le respect de leurs ennemis. Ils
furent pendant des siècles un véritable trait d’union de part et d’autre de
la mer. En Europe, on loua leur courage et leur abnégation tant que les
états latins perdurèrent. Mais quand arriva le temps des défaites face aux
forces musulmanes, les Templiers furent jugés responsables de la débâcle
générale. Pourtant, si certains de leurs hommes avaient commis des fautes,
l’ordre dans son ensemble ne s’était pas détourné de sa mission originelle.
Leurs maisons d’Occident faisaient figures de modèles d’exploitations
agricoles sachant tirer au mieux tirer partie de leurs immenses ressources
en innovant sans cesse.
Non seulement les Templiers étaient une
puissance militaire et spirituelle toujours aux avants postes des aventures
orientales mais aussi une puissance économique d’avant-garde en Occident.
Enfin, ils avaient réussi à réunir en leur sein les trois ordres du monde
médiéval.
Ma contribution à l’histoire de l’ordre du
Temple porte essentiellement sur la personnalité et l’œuvre du premier
maître et fondateur des Templiers, un personnage exceptionnel qui incarnait
à lui seul, par son parcours antérieur au Temple, le religieux et le
combattant. Il était l’homme de confiance du comte de Champagne, dont les
héritiers joueront un grand rôle aux croisades. Retrouver la mémoire perdue
d’Hugues de Payns est la quête que je poursuis depuis plus de vingt ans en
même temps que la mise en évidence du lien essentiel qui unit le Temple et
la Champagne depuis leurs origines. Il est frappant de constater que la
naissance, l’apogée et le crépuscule de l’ordre et du comté coïncident très
exactement. Et cela n’a rien de fortuit !
C’est pour toutes ces raisons que je trouve
indispensable l’existence de ce site sérieux et bien documenté sur l’ordre
du Temple a qui je souhaite longue vie tout en encourageant ses créateurs à
poursuivre leur tâche dans la voie qu’ils se sont fixée.
Thierry Leroy,
Président de l’association « Fondation
Hugues de Payns »