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La première Croisade (1096-1099)

 

Du VIIème au IXème siècle, l’Islam, prônant le « djihad » (la  « guerre sainte »), a conquis les rives du pourtour méditerranéen. Franchissant le détroit de Gibraltar dès 711, les troupes musulmanes s’imposent en Espagne et gagnent la France, où la victoire de Poitiers, par Charles Martel en 732, met un terme à leur victorieuse. Désormais, la guerre est totale entre la croix et le croissant. Aux abords de l’an mil, deux événements vont profondément secouer les consciences chrétiennes : 997, la prise de Saint-Jacques-de-Compostelle, par le chef musulman Al-Mansur, qui rase la cité sainte d’Hispanie (mais pas le tombeau de l’apôtre Jacques) et force les vaincus à porter les cloches de l’église détruite jusqu’à la grande mosquée de Cordoue, capitale du royaume d’Al-Anda-Lus ; en 1009, la destruction du saint –Sépulcre, par le calife Al-Hakim. En 1089, le nouveau pape Urbain II, leva l’excommunication de l’empereur Alexis 1er Commène, ce qui encouragea celui-ci à demander à l’église catholique son aide contre les Turcs. L’occident chrétien est tout entier sous le choc et l’idée de la « croisade » la guerre sainte contre les infidèles, va se développer au cours du XIème siècle, pour aboutir à l’appel fameux du pape Urbain II le 27 novembre 1095, il s’adresse aux évêques et aux abbés réunis en concile à Clermont-Ferrand. Son discours, méticuleusement composé, commence  par une diatribe contre les péchés des nobles qui attaquent les moines, les prêtres, les marchands et les pèlerins pour les dépouiller : le pape s’inscrit donc dans la continuité des mouvements de paix de Dieu que l’Eglise a tenté d’imposer à la noblesse depuis un siècle. Puis il décrit les dévastations commises par les turcs dans l’Empire byzantin, les tortures infligées aux chrétiens, les profanations des Lieux saints. Il termine en appelant son auditoire à prendre la route de Jérusalem pour arracher le Saint-Sépulcre aux infidèles, et en lui promettant la victoire et la mise de tous ses péchés. Enfin, il demande à ceux qui vont partir de porter un emblème en forme de croix , d’où viendra, un peu plus tard, leur nom de croisés, c’est pourquoi je vous prie et exhorte- non pas moi, mais le Seigneur vous prie et exhorte comme hérauts du Christ, de vous hâter de chasser cette racaille des régions habitées par nos frères. Que ceux qui ont été autrefois mercenaires pour des gains sordides gagnent à présent les récompenses éternelles. Ainsi s’exprime le pape, d’après le chroniqueur Foucher de Chartres. C’est au cri de « Dieu le veut » que les chevaliers (les milites de la société féodale) répondent, avec enthousiasme, au pressant appel du pape à mettre leur ardeur belliqueuse au service de la foi et non en de vaines guerres privées. Ils ne sont pas seuls : des milliers de simples « manants » subjugués par les prédications exaltées de religieux et autres ermites fanatiques, vont coudre une croix sur leurs vêtements, symbole de leur volonté de libérer les Lieux saints. Ils se sont faits « croisés »Partis plus de quinze mille, à la suite de Pierre l’Ermite chevauchant un mulet ils périront pour la plupart, sous les coups des armées bulgares et turques, après avoir commis moult  exactions sur leur passage Que n’ont-ils attendu le départ de la croisade, officiellement prévu au Puy-en-Velay, le 15 août 1096 ! A cette date, en effet, se mettent en marche quatre puissantes armées conduites par de grands seigneurs. La première est composée de Lorrains et d’Allemands, commandée par un chef réputé, Godefroy IV de Boulogne (plus connu sous le nom de Godefroy de Bouillon), accompagné de son frère Baudouin et de son cousin. La deuxième compte essentiellement des français du Nord, avec à leur tête Hugues de Vermandois, frère du roi de France Philippe Ier. On y remarque la présence des ducs de Normandie (Robert Courteheuse) et de Bretagne (Alain IV Fergent) ainsi que du comte Etienne de Blois. La troisième part du midi, sous les ordres de Raymond IV, comte de Toulouse. La quatrième rassemble les Normands de Sicile sous la direction de Bohémond de Tarente.

 

« Le pape Urbain II prêche la croisade à Clermont »

Livre des passages faits outre mer XVème siècle

 

 

Les mouvements pendant la 1ère croisade

 

 

En décembre 1096, les troupes de Godefroy de Bouillon atteignent Constantinople, capital de l’empire byzantin, où règne l’empereur Alexis. Elles y sont rejointes par les autres armées aux mois d’avril-mai 1097. Franchissant le détroit du Bosphore, les croisées entrent dans le monde musulman et attaquent les « infidèles », en faisant le siège de la ville de Nicée. Le 19 juin 1097, les Turcs assiégés se rendent aux émissaires de l’empereur Alexis, privant les vainqueurs du fructueux pillage escompté. En mars 1098, Baudouin de Bourgogne, répondant à l’appel des Arméniens, prend Edesse et fonde le comté d’Edesse, le premier des Etats latins d’Orient.. Le 20 juillet, Godefroy de Bouillon est proclamé roi, mais n’accepte que le titre d’avoué du Saint-Sépulcre ». Il décéda au cours de l’été 1099, qui vit le triomphe des croisés. Son frère Baudouin, lui succède et se fait couronner le 25 décembre 1099, à Bethléem. Son règne durera dix-huit années, marqué par de nombreux épisodes guerriers. Sous le règne de Baudouin Ier, se sont constitués peu à peu les quatre Etats latins d’Orient : le royaume de Jérusalem, qui s’étend des montagnes du Liban au désert du Sinaî ; le comté de Tripoli ; la principauté d’Antioche ; le comté d’Edesse. La situation paraît très favorable aux chrétiens face aux musulmans affaiblis par leurs divisions. L’écho du succès de la première croisade s’est répandu à travers tout l’occident et les fidèles sont nombreux à prendre, chaque année le chemin de Jérusalem.

 

Procession des croisés menée par Pierre l’Ermite et Godefroy de bouillon autour de Jérusalem, la veille de l’attaque de la ville - Tableau de Victor Schnetz.

 

 

La croisade fut un phénomène très complexe de foi populaire qui bouleversa complètement la société européen, captivant le peuple et absorbant profondément l’activité des grands intellectuels. Certains membres de la classe militaire considèrent cette expédition comme une occupation guerrière provisoirement utile (tempus militae) permettant de conjurer l’inactivité forcée qu’engendrerait le décret de la trêve de Dieu, mais il y en eut aussi beaucoup d’autres qui , comme naguère les nobles seigneurs Guillaume d’Angoulême et Günther de Bamberg, abandonnèrent leurs biens, décidés à nouer un lien définitif avec la Terre Sainte, peut-être même à mourir et à être enterrés auprès du Saint-Sépulcre.

 

 

 « Prise de Jérusalem » représentation de la joie des croisés ayant conquis  la ville sainte