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Du VIIème au
IXème siècle, l’Islam, prônant le « djihad » (la « guerre sainte »), a
conquis les rives du pourtour méditerranéen. Franchissant le détroit de
Gibraltar dès 711, les troupes musulmanes s’imposent en Espagne et gagnent
la France, où la victoire de Poitiers, par Charles Martel en 732, met un
terme à leur victorieuse. Désormais, la guerre est totale entre la croix
et le croissant. Aux abords de l’an mil, deux événements vont profondément
secouer les consciences chrétiennes : 997, la prise de
Saint-Jacques-de-Compostelle, par le chef musulman Al-Mansur, qui rase la
cité sainte d’Hispanie (mais pas le tombeau de l’apôtre Jacques) et force
les vaincus à porter les cloches de l’église détruite jusqu’à la grande
mosquée de Cordoue, capitale du royaume d’Al-Anda-Lus ; en 1009, la
destruction du saint –Sépulcre, par le calife Al-Hakim. En 1089, le
nouveau pape Urbain II, leva l’excommunication de l’empereur Alexis 1er
Commène, ce qui encouragea celui-ci à demander à l’église catholique son
aide contre les Turcs. L’occident
chrétien est tout entier sous le choc et l’idée de la « croisade » la
guerre sainte contre les infidèles, va se développer au cours du XIème
siècle, pour aboutir à l’appel fameux du pape Urbain II le 27 novembre
1095, il s’adresse aux évêques et aux abbés réunis en concile à
Clermont-Ferrand. Son discours, méticuleusement composé, commence par une
diatribe contre les péchés des nobles qui attaquent les moines, les
prêtres, les marchands et les pèlerins pour les dépouiller : le pape
s’inscrit donc dans la continuité des mouvements de paix de Dieu que
l’Eglise a tenté d’imposer à la noblesse depuis un siècle. Puis il décrit
les dévastations commises par les turcs dans l’Empire byzantin, les
tortures infligées aux chrétiens, les profanations des Lieux saints. Il
termine en appelant son auditoire à prendre la route de Jérusalem pour
arracher le Saint-Sépulcre aux infidèles, et en lui promettant la victoire
et la mise de tous ses péchés. Enfin, il demande à ceux qui vont partir de
porter un emblème en forme de croix , d’où viendra, un peu plus tard, leur
nom de croisés, c’est pourquoi je vous prie et exhorte- non pas moi, mais
le Seigneur vous prie et exhorte comme hérauts du Christ, de vous hâter de
chasser cette racaille des régions habitées par nos frères. Que ceux qui
ont été autrefois mercenaires pour des gains sordides gagnent à présent
les récompenses éternelles. Ainsi s’exprime le pape, d’après le
chroniqueur Foucher de Chartres. C’est au cri de « Dieu le veut » que les
chevaliers (les milites de la société féodale) répondent, avec
enthousiasme, au pressant appel du pape à mettre leur ardeur belliqueuse
au service de la foi et non en de vaines guerres privées. Ils ne sont pas
seuls : des milliers de simples « manants » subjugués par les prédications
exaltées de religieux et autres ermites fanatiques, vont coudre une croix
sur leurs vêtements, symbole de leur volonté de libérer les Lieux saints.
Ils se sont faits « croisés »Partis plus de quinze mille, à la suite de
Pierre l’Ermite chevauchant un mulet ils périront pour la plupart, sous
les coups des armées bulgares et turques, après avoir commis moult
exactions sur leur passage Que n’ont-ils attendu le départ de la croisade,
officiellement prévu au Puy-en-Velay, le 15 août 1096 ! A cette date, en
effet, se mettent en marche quatre puissantes armées conduites par de
grands seigneurs.
La première est composée de Lorrains et d’Allemands,
commandée par un chef réputé, Godefroy IV de Boulogne (plus connu sous
le nom de Godefroy de Bouillon), accompagné de son frère Baudouin et de
son cousin. La deuxième compte essentiellement des français du Nord,
avec à leur tête Hugues de Vermandois, frère du roi de France Philippe
Ier. On y remarque la présence des ducs de Normandie (Robert Courteheuse)
et de Bretagne (Alain IV Fergent) ainsi que du comte Etienne de Blois.
La troisième part du midi, sous les ordres de Raymond IV, comte de
Toulouse. La quatrième
rassemble les Normands de Sicile sous la direction de Bohémond de
Tarente.

« Le pape Urbain II prêche la croisade à Clermont »
Livre des passages faits outre mer XVème siècle

Les mouvements pendant
la 1ère croisade
En décembre
1096, les troupes de Godefroy de Bouillon atteignent Constantinople,
capital de l’empire byzantin, où règne l’empereur Alexis. Elles y sont
rejointes par les autres armées aux mois d’avril-mai 1097. Franchissant le
détroit du Bosphore, les croisées entrent dans le monde musulman et
attaquent les « infidèles », en faisant le siège de la ville de Nicée. Le
19 juin 1097, les Turcs assiégés se rendent aux émissaires de l’empereur
Alexis, privant les vainqueurs du fructueux pillage escompté. En mars
1098, Baudouin de Bourgogne, répondant à l’appel des Arméniens, prend Edesse et fonde le comté d’Edesse, le premier des Etats latins d’Orient..
Le 20 juillet, Godefroy de Bouillon est proclamé roi, mais n’accepte que
le titre d’avoué du Saint-Sépulcre ». Il décéda au cours de l’été 1099,
qui vit le triomphe des croisés. Son frère Baudouin, lui succède et se
fait couronner le 25 décembre 1099, à Bethléem. Son règne durera dix-huit
années, marqué par de nombreux épisodes guerriers. Sous le
règne de Baudouin Ier, se sont constitués peu à peu les quatre Etats
latins d’Orient : le royaume de Jérusalem, qui s’étend des montagnes du
Liban au désert du Sinaî ; le comté de Tripoli ; la principauté
d’Antioche ; le comté d’Edesse. La situation paraît très favorable aux
chrétiens face aux musulmans affaiblis par leurs divisions. L’écho du
succès de la première croisade s’est répandu à travers tout l’occident et
les fidèles sont nombreux à prendre, chaque année le chemin de Jérusalem.

Procession des croisés menée par Pierre l’Ermite et Godefroy de bouillon
autour de Jérusalem, la veille de l’attaque de la ville -
Tableau de Victor Schnetz.
La
croisade fut un phénomène très complexe de foi populaire qui bouleversa
complètement la société européen, captivant le peuple et absorbant
profondément l’activité des grands intellectuels. Certains membres de la
classe militaire considèrent cette expédition comme une occupation
guerrière provisoirement utile (tempus militae) permettant de conjurer
l’inactivité forcée qu’engendrerait le décret de la trêve de Dieu, mais il
y en eut aussi beaucoup d’autres qui , comme naguère les nobles seigneurs
Guillaume d’Angoulême et Günther de Bamberg, abandonnèrent leurs biens,
décidés à nouer un lien définitif avec la Terre Sainte, peut-être même à
mourir et à être enterrés auprès du Saint-Sépulcre.
« Prise
de Jérusalem » représentation de la joie des croisés ayant conquis la
ville sainte
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