S’il
est une affaire qui a excité les imaginations et fait couler beaucoup
d’encre, c’est à coup sûr l’arrestation des templiers et la suppression
de l’ordre du Temple. À l’initiative du roi de France, Philippe IV le
Bel, les frères de la « pauvre chevalerie du Temple de Salomon » ont été
emprisonnés, puis interrogés pour crime d’hérésie sous la direction de
l’inquisiteur de France, Guillaume de Paris. Ce dossier politique et
religieux de première importance a suscité une abondante correspondance
entre le roi et le pape Clément V qui a finalement pris la décision de
supprimer le Temple et de réunir ses biens à l’ordre de l’Hôpital
(1312). Mais la chute des templiers fut avant tout le résultat d’une
belle machinerie policière et judiciaire. Tout bien considéré, il reste
peu de traces du suivi du dossier par le gouvernement et
l’administration royale. Néanmoins, quelques pièces substantielles
méritent une attention particulière, comme l’ordre d’arrestation (14
septembre 1307), le rouleau d’interrogatoire des templiers à Paris (19
octobre - 24 novembre 1307), les inventaires de biens des maisons du
Temple en Normandie (13 octobre 1307), ou encore le compte de transfert
des prisonniers depuis Paris vers les châteaux d’Île-de-France et la
province (24 janvier - 12 février 1308). Par son volume et les détails
biographiques qu’il livre sur 138 templiers, le rouleau des
interrogatoires parisiens est un monument de l’histoire templière. Les
Archives nationales en donnent ici une reproduction de qualité, qui
permet de retrouver facilement les interrogatoires de chacun des
templiers questionnés par l’Inquisition, qu’il s’agisse des dignitaires,
de frères sergents ou d’un simple berger. L’affaire des templiers
(1307-1314) est l’un des épisodes les plus fameux de l’Histoire de
France, présent dans toutes les mémoires encore aujourd’hui. Pour
démonter les ressorts d’un procès fait à l’ordre militaire le plus
prestigieux de la chrétienté, les Archives nationales exposent pour la
première fois les pièces essentielles du dossier, tirées du Trésor des
chartes des rois de France (série J). Au crépuscule du 18 (ou 11) mars
1314, le grand maître du Temple, Jacques de Molay, brûlait avec son
compagnon, Geoffroy de Charnay, dans les flammes d’un bûcher ordonné par
Philippe IV le Bel. C’était l’épilogue d’une longue lutte entre la
monarchie capétienne, la papauté et les centaines de templiers arrêtés
depuis le vendredi 13 octobre 1307. Pour des raisons politiques,
religieuses et financières, le roi de France s’était lancé dans une
opération radicale. Tentant de convaincre les autres souverains d’Europe
du bien-fondé de la suppression du Temple, harcelant le pape Clément V
pour qu’il abandonne sa protection des templiers accusés d’hérésie, le
monarque mobilisa son administration et son garde du sceau, Guillaume de
Nogaret, pour déconsidérer l’ordre et accaparer ses biens. Passé maître
dans l’art de la propagande et la manipulation de l’opinion, il fit
ainsi rassembler les représentants de la noblesse, du clergé et des
villes de tout son royaume pour obtenir leur soutien inconditionnel. Le
rouleau d’interrogatoire des templiers emprisonnés à Paris
(octobre-novembre 1307), formé de 44 membranes de parchemin d’une
longueur totale de 22 mètres, donne une idée très concrète de l’ampleur
des moyens mis en œuvre pour abattre l’ordre du Temple. Les dossiers
préparatoires des conseillers royaux et les rapports qu’ils reçoivent
révèlent au grand jour les méthodes de la police et de l’Inquisition,
ainsi que l’usage généralisé de la torture et de la prison. Quant aux
procès contemporains pour sorcellerie (celui de l’évêque Guichard de
Troyes) ou pour hérésie (celui de la béguine Marguerite Porète), ils
témoignent aussi de l’atmosphère oppressante d’une fin de règne où
Philippe le Bel n’en finit pas de purifier son royaume. Le témoignage
postérieur de Boccace, évoqué par un manuscrit du Cas des nobles hommes,
fait de Molay une figure attachante, que les néotempliers du XIXe siècle
se réapproprient dans leur reconstitution de l’ordre : les archives
internes et les objets cérémoniels de l’ordre moderne du Temple
illustrent cette ultime résurgence d’un mythe fascinant.
Edition du procès-verbal
d'interrogatoire de Paris (J 413, n° 18) : Jules Michelet, Le procès des
templiers , Paris, tome 2, 1851. Edition et traduction de l'ordre
d'arrestation (J 413, n° 22) : Georges Lizerand, Le dossier de l'affaire
des templiers, Paris, 1923 (rééd. 2007), n° II, p. 16-29.
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