Commanderies

Une commanderie est un établissement foncier appartenant à un ordre religieux et militaire au Moyen Âge. Placée sous la responsabilité d’un commandeur, c’était le lieu de vie d’une communauté de frères, de chevaliers et d’affiliés. Elle se trouvait au centre d’un domaine foncier sur lequel étaient bâties des fermes appelées maisons (domus). Bien qu’étant le plus souvent rurales et situées sur des terres de rapport, les commanderies pouvaient aussi être urbaines et même portuaires, lorsque les chevaliers obtenaient le monopole ou bien des privilèges de commerce, ou de transport de pèlerins. Dans les terres de combat, les commanderies étaient des forteresses ou des commanderies rurales fortifiées. « Commanderie » est le terme français exact pour désigner la base de l’organisation territoriale des ordres religieux et militaires.

Le mot commanderie a été utilisé par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem depuis la réforme de l’Ordre en 1267. Les historiens ont conservé cette appellation de préférence à « préceptorie » pour désigner tous ces établissements ayant appartenu à des ordres militaires. Il n’y a pas lieu de faire des différences entre ces deux dénominations. « Préceptorie » est la francisation erronée du latin « Praeceptoria », tout comme « praeceptor » ou précepteur désignait le commandeur de la maison. L’origine des commanderies est à rechercher dans le don fait en 1099 par Godefroy de Bouillon aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem en remerciements pour services rendus. Godefroy offre aux « moines noirs » de frère Gérard le casal (village fortifié) de Hessilia en Palestine et son fief de Montboon en Brabant ainsi que deux fours banaux.

Cette habitude de donation aux ordres militaires va permettre à ceux-ci de développer d’importants empires territoriaux en Europe accompagnés de l’émergence de véritables pouvoirs comme pour les Hospitaliers, les Templiers (leur préceptorie et leur commanderie sont appelées dans les archives preceptorum domorum milicie Templi et domus Templi) et les Teutoniques. Le terme de commanderie ne désigne pas uniquement une maison mais au contraire une circonscription territoriale constituée d’une maison-mère et de plusieurs maisons et terrains. Sur les terres de rapport (dit aussi l’arrière) ces domaines étaient une source de financement pour les activités militaires, par opposition, terres de combat (dit aussi l’avant) comme la Terre Sainte. Il s’agissait de grosses fermes, parfois fortifiées en terres de combat, qui comprenaient une chapelle, et tous les bâtiments nécessaires à la vie de ses habitants (logements, réfectoire, écuries, salle de chapitre…).

Les commanderies servaient à la fois à rapporter de l’argent, grâce aux dîmes et autres taxes qu’elles percevaient, mais aussi à assurer la fourniture de biens alimentaires et de chevaux nécessaires à la réussite des expéditions en Terre Sainte. En Occident, les commanderies jouaient un rôle économique non négligeable sur le marché des denrées alimentaires (à l’échelle de leur région, bien entendu), par la vente des surplus. Les commanderies ont aussi permis la valorisation du territoire, par les travaux de déforestation ou d’assèchement de marais ou de création d’étangs de pisciculture. Chaque commanderie était spécialisée dans un type de production.

La famille, des paysans, libres ou serfs, travaillaient ainsi pour le compte de l’ordre, et de nombreux artisans pouvaient être salariés par la commanderie. Certains des ordres religieux et militaires étaient aussi des ordres hospitaliers ou uniquement hospitalier, ce qui explique la création conjointe ou pas de xenodochium, mi-hostellerie mi-hôpital, aux commanderies. Installés sur les routes de pèlerinage, les pèlerins pouvaient ainsi bénéficier d’une assistance hôtelière qui pouvait les accueillir et les réconforter. C’est le cas, par exemple, des commanderies situées sur les routes de Jérusalem ou sur le chemin de Compostelle.

Définition donnée par Hervé Baptiste, architecte en chef des Monuments historiques : « une commanderie templière est « un ensemble de bâtiments tenant à la fois du monastère et de la ferme de rapport, et destinés à se procurer des fonds pour soutenir leur action en Terre Sainte. Contrairement aux commanderies au contact avec les « infidèles » au Moyen-Orient, en Espagne ou au Portugal, il n’y a donc rien ici de militaire ».

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Selon Alain Demurger, il ne s’agit pas d’un lieu unique, mais plutôt d’un ensemble s’apparentant à une circonscription avec une maison mère correspondant à la description donnée par Hervé Baptiste. Il y avait donc des maisons et autres domaines dépendants de la maison chef-lieu et qui n’étaient pas des commanderies au sens propre. L’appellation maison du Temple que l’on retrouve souvent dans les ouvrages sur le sujet ne suffit donc pas pour désigner une commanderie et il y avait de surcroit des commanderies subordonnées. Cependant, il y avait toujours une chapelle à l’intérieur de l’enceinte. L’ensemble des bâtiments du chef-lieu de la commanderie comprenait une chapelle (destinée aux templiers et ouverte à eux seuls) ; un logis comprenant cuisine, réfectoire et dortoir ; une salle du chapitre et des espaces communs (ateliers, granges, charretteries, écuries, étables, colombiers, porcheries…). Dans certaines commanderies, d’autres bâtiments spécialisés étaient adjoints comme une hôtellerie pour accueillir les pèlerins de passage, un hôpital pour soigner les templiers blessés au combat ou une prison pénitentielle.

La commanderie était entourée d’un mur de clôture qui garantissait la tranquillité des moines, protégeait le jardin, le verger et le cimetière. Attenant à la chapelle, le cimetière était destiné aux frères de la commanderie, mais certains donateurs laïcs de l’ordre y étaient parfois inhumés. Les sépultures templières étaient très simples, à l’image d’une vie d’humilité, sans aucune marque en surface. Les commandeurs étaient autorisés à se faire enterrer à l’intérieur de la chapelle ; dans ce cas, leurs pierres tombales étaient installées sur le sol. Certaines commanderies ou chapelles templières ont contribué à la fondation de villages et de nouvelles paroisses. Cela s’est passé en Espagne lors de la Reconquista. Les commanderies n’avaient pas une architecture militaire. Par ailleurs, les templiers n’étaient pas des moines cloîtrés. Les commanderies étaient donc dépourvues de cloître. Il existe une architecture régionale de ces constructions réparties dans les pays de l’Occident chrétien du Moyen Âge : France, Angleterre, Espagne, Portugal, Écosse, Irlande, Italie, Pologne, Hongrie, Allemagne… Les chapelles pouvaient être de style roman (Laon) ou bien de style gothique (Coulommiers).

La commanderie était généralement construite en pleine campagne à proximité d’un axe de circulation, une voie romaine par exemple, et non loin d’un bourg. Elle possédait au moins un étang afin de fournir le poisson consommé par les frères lors des repas de jeûne. Un pré servait de terrain d’entraînement militaire plus ou moins aménagé. Certains enclos templiers constitués de bâtiments entourés d’un mur, étaient situés en ville. C’est le cas à Laon et Arles qui étaient des commanderies urbaines. D’autres commanderies étaient situées dans des ports, Marseille, Venise, La Rochelle… Elles étaient investies, par leur emplacement particulier, d’un rôle très important dans l’activité économique de l’ordre. La commanderie possédait des terres dites « terres de rapport » (terme opposé à « terres de combat »), comprenant des labours, des bois d’exploitation, des viviers (étangs de pisciculture), des vignobles, des prairies d’élevage, des industries (moulins, pressoirs…), des bâtiments agricoles et des fermes annexes appelées les « écarts », où logeaient les familles de paysans qui travaillaient pour l’ordre.

Tous ces biens ont été acquis par l’ordre grâce aux multiples donations qui ont afflué dès sa fondation en 1129. Une commanderie était fondée à partir d’un premier don important, qui provenait souvent de la haute noblesse. D’après les statuts de l’ordre, il lui était interdit de vendre ces terres, mais il pouvait les échanger afin de les regrouper car les donations foncières ne constituaient pas toujours un ensemble cohérent. Le domaine était administré par la communauté des frères, à la tête de laquelle se trouvait un précepteur ou commandeur qui tenait le rôle d’un abbé dans une abbaye. Ce commandeur était secondé par un trésorier qui tenait la comptabilité de la commanderie. La commanderie se devait d’assurer l’entretien de la communauté de moines, le règlement des salaires de ses ouvriers permanents ou saisonniers, et de dégager des excédents, prélevés chaque année par un administrateur de l’ordre.

Les commanderies étaient une source de financement pour l’entretien d’une armée templière en Terre sainte, c’est pourquoi dans chaque région, les Templiers étaient tenus de développer l’activité la plus rentable possible. Par exemple, ils cultivaient la vigne en Bourgogne et en Anjou, ou encore le blé en Normandie et en Artois. En Angleterre, ils élevaient des moutons pour leur laine, en Aveyron des brebis pour leur fromage et des chevaux qu’ils exportaient en Orient. Mais ils possédaient également des mines, des marais salants, des tanneries… En définitive, ils exploitaient les ressources locales au mieux, afin de générer les revenus nécessaires au fonctionnement de l’ordre ainsi qu’au financement de ses actions en Terre Sainte.

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