Vassy – La Commanderie des Templiers à Vassy de nouveau mise en vente

Véritable trésor patrimonial bas-normand, la Commanderie des Templiers de Courval, devenue propriété privée en 2005, est aujourd’hui à vendre.

Située en plein centre de la Basse-Normandie, la Commanderie des Templiers de Courval se trouve sur la commune de Vassy. La chapelle (XII et XIIIe siècle), dédiée à Notre-Dame du Temple, ainsi que ses peintures murales, sont classées aux Monuments Historiques depuis le 2 septembre 1994. L’ensemble du site, avec le Manoir du Commandeur, détruit pendant la guerre de Cent Ans et reconstruit au XVe siècle, est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. La Commanderie fait partie intégrante de l’histoire des Chevaliers du Temple, qui vécurent ici jusqu’en 1308. Le dernier propriétaire de la Commanderie quitte les lieux en 1999, date à laquelle elle est alors achetée, dans le cadre d’une saisie, par le conseil régional de Basse-Normandie, selon nos informations pour 175 000 francs (environ 27 000 €) ; après avoir été habitée, au fil des siècles par des agriculteurs essentiellement. « Le conseil régional l’avait acheté à titre provisoire avec l’idée de maintenir le Patrimoine mais sans trop savoir quoi en faire pour autant. Et puis il y a eu des changements politiques à la Région à cette période… », précise Daniel Hélouin, ancien professeur d’Histoire-Géographie au collège de Vassy et féru d’Histoire locale. L’ambition semblait alors de restaurer la Commanderie et d’en faire un lieu d’accueil et d’animations sur l’un des chemins du Mont Saint-Michel. Lors de la délibération de la commission permanente du conseil régional de Basse-Normandie, en date du vendredi 16 décembre 2005, à Caen, il est décidé de vendre la Commanderie de Courval à Armel Dubourg au prix de 155 000 €. « À l’époque, le conseil régional a trouvé un acheteur sans même prévenir le notaire qui, de son côté, avait déjà trouvé un acquéreur très bien qui souhaitait mettre en valeur ce patrimoine. Lorsque le nouveau propriétaire a acheté les lieux, on a attendu qu’il nous contacte mais il ne l’a jamais fait. Il ne voulait pas de nous alors on a sabordé l’association au profit de l’association des chemins du Mont Saint-Michel », déclare Gérard Villeroy, ancien président de l’association des Amis de la Commanderie et vice-président actuel de la Société Historique « Le Pays Bas-Normand ». « Il y aurait dû avoir plus de transparence dans cette vente », ajoute Daniel Hélouin. L’Association des Amis de la Commanderie, créée en 1992 et dissoute le 14 juin 2006, effectuait des travaux de préservation et de mise en valeur du lieu en y organisant des feux de la Saint-Jean, des fêtes médiévales, des visites. « C’est vrai que ça nous a fait mal au cœur car c’était vraiment un lieu magnifique pour lequel nous avions des projets, notamment avec l’association des Chemins du Mont Saint-Michel. Mais je peux comprendre qu’il y ait des priorités, économiques, politiques. Mais c’est dommage car je crois que c’est aussi grâce à la mémoire qu’on peut projeter l’avenir. Je regrette aussi que la chapelle soit encore indiquée un peu partout sur les routes alors qu’on ne peut plus y aller… », précise Ghislaine Leverrier, ancienne trésorière de l’association. Les deux passionnés d’Histoire se désolent aujourd’hui de l’état de décrépitude avancée dans lequel se trouve le site. Sur les murs extérieurs de la chapelle, le lierre a pris possession de la pierre ; à l’intérieur, le lichen a élu domicile sur les parois et les pierres commencent à tomber peu à peu. Les deux hommes ne peuvent que constater avec consternation les dégâts dans la chapelle : « tout ça, c’est frais, déclarent-ils à la vue des pierres tombées tout droit du plafond au sol. « Même les chouettes sont parties… », déplore Daniel Hélouin. « Ça fait mal au cœur car il y a des choses qui méritent d’être conservées. C’est nier et dévaloriser tout le travail qui avait été fait par un tas de gens qui s’étaient passionnés pour ce monument », ajoute-t-il. « C’est l’unique Commanderie de l’époque des Templiers de cette qualité et dans cet état qui existe encore en Basse-Normandie », explique Gérard Villeroy. « L’article L621-29-1 du code du patrimoine dispose que le propriétaire a la responsabilité de la conservation du monument historique classé ou inscrit qui lui appartient ou lui est affecté », nous explique-t-on du côté de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) de Basse-Normandie. « Nous sommes beaucoup à penser que c’est scandaleux de laisser un tel patrimoine comme ça. C’est la ruine assurée si le propriétaire ne vend pas », explique Daniel Hélouin. « Il faudrait que ce soit vendu à quelqu’un qui ait envie de sauver le Patrimoine. C’est honteux, tout le monde le dit ! En tant que passionnés du Patrimoine on trouve ça malheureux qu’il y ait un tel patrimoine laissé à l’abandon, le propriétaire devrait revendre. », ajoute Gérard Villeroy. Et bien c’est chose faite ! Contacté par téléphone mercredi matin, le propriétaire des lieux, Armel Dubourg, nous informe avoir mis en vente le lieu depuis 2013 : « je l’ai mis en vente à 350 000 € puis j’ai descendu le prix à 200 000 € », explique-t-il. Il est donc possible, aujourd’hui, d’acquérir le site pour la somme de 200 000 €. Passionné d’Histoire mais n’ayant plus les moyens financiers d’assurer l’entretien du lieu, le propriétaire a préféré le mettre en vente, ne souhaitant pas « que le lieu se dégrade », confie-t-il. « Je n’ai pas ébruité la vente car c’est toujours une propriété privée et je ne souhaite pas que le site soit saccagé », ajoute-t-il. « Le code du patrimoine, dans sa partie réglementaire, précise pour les monuments classés (art R621-18) et inscrits (art R621-63) que le contrôle scientifique et technique assuré par les services de l’État chargés des monuments historiques est destiné à vérifier périodiquement l’état des monuments historiques classés et inscrits et les conditions de leur conservation de façon que leur pérennité soit assurée », explique la DRAC de Basse-Normandie. L’an dernier, Armel Dubourg a reçu la visite d’un architecte des Bâtiments de France lui conseillant de murer l’entrée de la chapelle afin de la protéger. Un chantier qui n’a pas pu voir le jour. En revanche, le propriétaire assure avoir refait une partie de la toiture pour 80 000 €. Armel Dubourg souligne avoir proposé le bien à la commune de Vassy notamment qui ne semble pas intéressée pour acheter le site… Avis aux acquéreurs épris d’Histoire !

Source de l’article : LA VOIX

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