Marie-José et l’histoire universelle du Temple du Breuil

C’est l’histoire d’une passion qui s’est développée avec le temps. Cette passion, c’est celle que Marie-José Caravati, 66 ans, prof d’histoire en retraite, nourrit pour la commanderie du Temple-sur-Lot. Amoureuse de l’histoire médiévale, cette Vosgienne a découvert Le Temple dans les années 1980 lorsque ses parents sont venus s’y installer à leur retraite. En en 2004, Marie-José et son mari les imitent et viennent eux aussi s’installer au Temple pour profiter de leur retraite. Dès l’année suivante, en 2005, Marie-José se plonge dans les archives, à Agen puis Toulouse et effectue un énorme travail de recherche sur cette fameuse commanderie, qu’ici les gens du village, les Templais, appellent le château : «On me disait : «Mais qu’est-ce que tu peux bien raconter là-dessus ?» ça fait 10 ans que j’y travaille et il y a encore tellement à découvrir. C’est énorme et tellement passionnant.» Lorsque Marie-José entreprend de raconter la commanderie aux visiteurs qui font appel à son talent de raconteuse de pays, elle leur donne rendez-vous au pied de l’église, «inversée, on y entre par l’est et on prie à l’ouest» avant de les guider jusque dans le bâtiment médiéval à la façade de briques rouges. Et là commence un voyage d’au moins deux heures qui embrasse près de 2000 ans d’histoire. Le sujet de prédilection de Marie-José, c’est évidemment cette commanderie bâtie vers 1250 ou 1260, soit quelques années avant la dernière croisade de Saint-Louis en 1270 : «Ce sont les Templiers qui l’ont fondée mais ne l’ont exploité que 50 ans environ puisqu’ils ont disparu en 1307. Le roi, les seigneurs et l’église voyaient d’un mauvais œil ce nouvel ordre, fondé par des chevaliers croisés hébergés dans les ruines de l’ancien Temple de Jérusalem après sa conquête en 1098, venir prélever des impôts sur leurs terres.» On estime qu’il y avait en Occident près de 5 000 commanderies. Celle du Temple du Breuil, son nom d’alors, était dite «chevetaine» et chapeautait d’autres commanderies plus petites, à Sauvagnas par exemple. «Au Temple, elle faisait payer deux péages : un sur la route qui reliait la Ténarèze à Eysses, l’autre sur le Lot. Elle prélevait aussi la dîme. Tous ces impôts servaient à financer les états latins d’Orient fondés lors des croisades ». La prise de Saint-Jean d’Acre, en 1250, marque la chute de ces états et le début de celle des Templiers en 1307 donc. La guerre de Cent Ans couve déjà en Aquitaine et la vallée du Lot et le terrain de chevauchée qui la dépeuple : «On pense que la commanderie du Temple a été incendiée en même temps que Castelmoron et Montpezat, en 1345». Les habitants, eux, abandonnent la plaine au profit des villes nouvelles fortifiées. «Le vrai trésor des Templiers, ce sont ces véritables fermes qui maillent le territoire. Et qui sont donné aux Hospitaliers. C’est un commandeur hospitalier, Bernard Gros qui, à la fin du XVe siècle, va repeupler le village en faisant venir des paysans du bas Quercy et du Rouergue, affamés et en leur donnant des terres pour qu’ils les cultivent. C’est comme ça que toute la vallée du Lot, dévastée par la guerre, sera repeuplée. L’histoire locale raconte une histoire universelle». Marie-José a une admiration sans borne pour le vieux commandeur, érudit, qui savait la médecine pour les animaux, les recettes de cuisines, savait cultiver, avait apporté 20 sortes de pommes et 30 de poires d’Orient, fait venir des cépages rares et avait même une idée pour communiquer à distance. Une sorte de Léonard de Vinci local. Qui eut à braver une «révolte» de paysans, qui allèrent jusqu’au Parlement de Bordeaux pour s’opposer, en vain, à un nouvel impôt, le prémice qui, au printemps, taxait les récoltes qui promettaient d’être bonnes. Bernard Gros et ses successeurs agrandissent la commanderie qui fait au final 3 200 m2 au sol. Et maintenant, si vous voulez savoir ce que sont devenus les chevaliers, quand Le Temple du Breuil est devenu Temple-sur-Lot ou qui a racheté la commanderie à la Révolution, il faut aller voir Marie-José.

Source de l’article : LA DEPECHE

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