De son bûcher, le dernier grand maître de l’ordre du Temple, Jacques de Molay, a-t-il maudit ses accusateurs ?

Immortalisée par Maurice Druon dans les Rois maudits (1955), la scène se déroule à Paris le 18 mars 1314.

Jacques de Molay, vingt-deuxième et dernier grand maître des Templiers, vêtu du manteau blanc à croix de gueules, apostrophe, du haut du bûcher dressé face à la tour de Nesle, le pape Clément V, le garde du Sceau Guillaume de Nogaret et le roi Philippe IV le Bel : « Pape Clément, chevalier Guillaume, roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à comparaître au tribunal de Dieu pour recevoir votre juste châtiment. Maudits, maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! » Hormis le fait que Nogaret était déjà mort, elle n’apparaît pas invraisemblable. La répression ordonnée et conduite par Philippe le Bel et ses légistes s’était voulue à la mesure de la puissance de l’ordre, jugée parasite par le pouvoir royal : soudaine, brutale et minutieusement menée. Afin d’obtenir la collaboration de l’Église, le roi avait tenu à centrer l’accusation sur l’hérésie supposée du Temple. Après avoir “avoué” ses “crimes”, Molay s’était rétracté. Il aurait donc pu, dans un ultime sursaut, prononcer cette imprécation. Aucune chronique médiévale ne fait, toutefois, mention de paroles de Molay sur le bûcher. Contemporain de l’événement, Geoffroi de Paris rapporte, cependant, des propos voisins, mais d’ordre général, prononcés lors du verdict : « Sur ceux qui nous damnent à tort, Dieu vengera notre mort. » Or, dans la foulée du supplice, Clément V succombait à la maladie, les trois brus de Philippe le Bel étaient arrêtées pour adultère et, à la fin de 1314, ce dernier était emporté par une apoplexie. Tandis qu’après lui, ses trois fils, Louis X le Hutin, Philippe V le Long et Charles IV le Bel, mouraient sans héritier mâle. Ainsi prit corps l’idée, relayée par les adversaires de l’affirmation de l’État, d’une malédiction frappant les Capétiens. Et, selon la médiéviste Colette Beaune, « c’est parce que ceux-ci étaient considérés comme maudits qu’il fallut bien en trouver la raison ». Le lien avec la répression des Templiers prit près de deux siècles.

Source de l’article : VALEURS ACTUELLES

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