Les Templiers se livrèrent-ils à des rites secrets sacrilèges, comme ils en furent accusés ?

Réduit, depuis son récent rapatriement en Europe, à n’être plus qu’une puissance foncière et financière internationale, l’ordre du Temple avait en partie perdu, en ce début de XIVe siècle, l’aura héroïque et vertueuse qui avait fait sa gloire en Terre sainte plus de cent cinquante ans durant.

C’est pourquoi, le considérant comme un État dans l’État, le roi Philippe le Bel décida, en 1307, de le frapper partout dans le royaume, d’arrêter et de faire juger ses membres, de confisquer ses biens. Mais plutôt que de faire porter l’accusation sur le terrain temporel (“complot” contre l’État, pratique de l’usure…), il fit accuser les Templiers d’hérésie et, notamment, de rites blasphématoires et sacrilèges. Afin d’impressionner davantage les esprits. Réticent, mais très affaibli, le pape Clément V laissa agir une inquisition dépendant en principe de lui, mais en réalité dans la main du roi.

Dans l’ensemble, les juges n’eurent aucun mal à obtenir des aveux. Un grand nombre fut obtenu sous la torture ou la crainte de la torture. Mais pas tous. Certaines pratiques templières paraissent ainsi avérées. Ensuite, tout est affaire d’interprétation. Ainsi l’étrange rituel consistant à demander aux profès — du moins à certains d’entre eux — de marcher et de cracher sur la croix en reniant oralement le Christ. Les versions varient, mais toutes évoquent un reniement “de bouche” et non “de coeur”. Il ne s’agirait donc point d’abjuration, comme le prétendait l’accusation. Si tel avait été le cas, comment expliquer que les Templiers furent les derniers à lutter pied à pied, se faisant souvent massacrer sur place, pour sauver ce qui pouvait encore l’être du royaume franc de Jérusalem ? Surtout, comment expliquer leur sérénité dans l’épreuve finale, sur les bûchers, en appelant “à Dieu, à Notre-Dame et au Christ”, au point de retourner l’opinion populaire en leur faveur ? Alors, s’agirait-il d’une sorte d’exorcisme par lequel le récipiendaire devait s’abaisser par un acte indigne, rappelant le reniement de saint Pierre, pour mieux s’élever ensuite ? La question n’est pas tranchée.

Source de l’article : VALEURS ACTUELLES

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